17

Après avoir déposé l’ordinateur et les autres affaires récupérées chez Ana dans la voiture de Cole, Pike revint à pied vers sa Jeep. Pendant qu’il traversait le parking visiteurs, une Nissan Sentra marron ralentit à la hauteur de l’entrée. Les deux Latinos assis à l’avant avaient la tête tournée vers le parking, et Pike eut l’impression qu’ils cherchaient sa Jeep. Le conducteur vit Pike. Au terme d’une courte hésitation, il eut un geste rageur à l’intention de son voisin, comme s’ils se disputaient et que le fait d’apercevoir Pike n’avait rien à voir là-dedans. La Sentra reprit de la vitesse et disparut.

Peut-être s’agissait-il de quelque chose, mais peut-être pas.

Les combattants du désert parlaient du « sens de l’araignée » en référence au super-héros Spiderman, capable de pressentir les événements avant qu’ils ne surviennent.

Son « sens de l’araignée » titilla Pike au moment où la Sentra s’éloignait. Il tenta de se rappeler s’il avait déjà vu quelque part une Sentra marron avec deux Latinos à bord, mais rien ne lui vint.

Il n’était pas pressé de partir. Si les occupants de la Sentra l’attendaient au coin de la rue pour le filer, il y avait des chances qu’ils s’impatientent et reviennent voir ce qu’il fabriquait. Dans ce cas, Pike les tiendrait.

Il consacra les quelques minutes suivantes à penser à Michael Darko. Apprendre que Darko était lié au crime organisé de l’Europe de l’Est représentait une avancée majeure, essentiellement parce que cela lui donnait une piste solide. Los Angeles hébergeait la deuxième colonie de criminels d’Europe de l’Est aux États-Unis, dont une majorité de Russes. Les quinze républiques de l’ex-Union soviétique avaient chacune apporté leur pierre à l’édifice de ce que la plupart des flics appelaient le crime organisé russe, que ses membres viennent ou non de Russie. La mafia ukrainienne était la mieux implantée à L. A., suivie par l’arménienne, mais des bandes moins nombreuses originaires de Roumanie, d’Ouzbékistan, d’Azerbaïdjan, de Tchétchénie et du reste de l’Europe de l’Est étaient arrivées au fil des ans. La plupart de ces individus pratiquaient déjà des activités criminelles dans leur pays natal, mais certains avaient connu une trajectoire bien différente.

Pike rappela Jon Stone.

— Pas trop mal au crâne ?

— Allez-vous faire foutre. Mon crâne va très bien. Il a l’habitude.

— Gregor est toujours à L. A. ?

— George. Il s’appelle maintenant George Smith. Tâchez de faire attention à son nom.

— Je m’en souviendrai. Il est ici ?

— Il vient de s’installer sur La Brea. Qu’est-ce que vous lui voulez ?

— Il saurait peut-être m’aider.

— À propos de Frank ?

— Un gang d’Europe de l’Est est impliqué.

— Sans déconner ?

— Oui.

Après un bref silence, Stone donna une adresse à Pike.

— Prenez votre temps pour y aller, d’accord ? Je vais le prévenir. Si vous débarquez à froid, il risque de mal le prendre.

— Compris.

La Brea Avenue commençait au pied des collines de Hollywood et filait ensuite vers le sud jusqu’au champ de courses de Hollywood Park. Sur une dizaine de blocs, entre Melrose et Wilshire, on l’appelait aussi la « ligne des décorateurs » à cause de toutes les enseignes spécialisées qui la bordaient, des boutiques ultrachic de mobilier sur mesure aux marchands de tapis orientaux, en passant par les créateurs de lampes design et les antiquaires. Les propriétaires de ces établissements venaient des quatre coins du monde et vendaient leurs marchandises à des clients venus des quatre coins du monde, mais tous n’étaient pas ce qu’ils paraissaient être.

Pike trouva une place de parking pour sa Jeep devant un magasin de fleurs à un bloc au sud de Beverly Boulevard. Il avait cherché la Sentra des yeux sur la petite route en lacet qu’il avait prise pour remonter de la vallée, et il la chercha de nouveau en descendant de sa Jeep. Peut-être ces deux types avaient-ils juste cru voir quelque chose qu’ils n’avaient pas vraiment vu, mais Pike éprouvait toujours une vague sensation de chair de poule dans le dos.

Il n’entra pas chez le fleuriste. Il parcourut à pied le bloc et demi qui le séparait d’une boutique de lampes anciennes. La façade était étroite, avec une telle quantité de plafonniers et d’appliques en vitrine qu’on aurait dit une brocante bas de gamme. Un carillon tinta à son entrée.

L’intérieur était aussi encombré que la vitrine ; les murs disparaissaient sous les appliques, le plafond dégoulinait de lustres et de suspensions. Des luminaires de tailles diverses s’épanouissaient sur les moindres surfaces planes comme des plantes tropicales dans une jungle.

— Salut, Joseph, fit une voix d’homme.

Pike mit un moment à le localiser, tapi derrière ses lampes tel un chasseur dans un fourré.

— Gregor.

— C’est George, maintenant. Tu te rappelles ?

— Bien sûr. Excuse-moi.

George Smith émergea d’entre les lampes. Pike ne l’avait pas revu depuis des années mais il lui semblait n’avoir pas du tout changé – moins grand que lui, et moins musclé, mais doté d’un corps à la fois svelte et puissant, avec un bronzage de surfeur et des yeux bleu azur. George était un des meilleurs tueurs que Pike ait jamais connus. Un sniper-né. Un assassin parfait.

George s’appelait en ce temps-là Gregor Suronov, mais il avait changé d’identité quand il s’était installé à Los Angeles. Il s’exprimait comme un homme né à Modesto, avec un accent aussi impersonnel que celui des animateurs de radio, et pourtant Gregor Suronov avait grandi à Odessa, en Ukraine, où il s’était engagé dans l’armée de la fédération de Russie ; il avait passé douze années au sein d’un régiment de forces spéciales placées sous l’égide du KGB et plus connues sous le nom de spetsnaz du GRU, l’équivalent russe des forces spéciales de l’armée des États-Unis. Le KGB prodiguait en ce temps-là un enseignement particulier aux plus brillants de ses soldats, et Gregor était un soldat d’exception. D’où son aisance en anglais.

Après divers séjours de combat en Tchétchénie et en Afghanistan, il s’était lancé sur le marché juteux des contrats militaires privés et, ayant découvert les avantages de l’argent et d’une liberté toute neuve, il avait décidé d’aller encore plus loin en ce sens. Aussi s’était-il installé à Los Angeles, où il profitait aujourd’hui du soleil, vendait des lampes de collection et travaillait accessoirement pour la mafia d’Odessa.

Pike prit la main qu’il lui tendait. Du fer chaud. George souriait, ravi de l’accueillir dans sa boutique.

— Ça fait une éternité. Ça va, vieux frère ?

— Ça va.

— J’ai été surpris que Jon m’appelle. Mais content. Gare à ta tête. C’est une Tiffany Art déco, autour de 1923. Ça va chercher dans les huit mille.

Pike se pencha sur le côté pour éviter le lustre. Malgré la profusion de lampes, l’échoppe regorgeait d’ombres tapies dans les coins. George l’aimait sans doute ainsi.

— Les affaires sont bonnes ? s’enquit Pike.

— Excellentes, merci. J’aurais dû venir plus tôt en Amérique. J’aurais dû naître ici. Je te jure !

— Je ne te parle pas des lampes.

— J’avais compris. Ça marche bien aussi de ce côté-là, ici comme ailleurs.

George continuait d’accepter des missions en dehors de celles que lui confiaient les gens d’Odessa lorsque le prix en valait la chandelle, mais ses clients étaient désormais presque toujours des gouvernements ou des mouvements politiques. Personne d’autre n’avait les moyens de s’offrir ses services.

Pike le suivit jusqu’à un bureau installé dans le fond de la boutique, autour duquel ils s’assirent.

— Jon t’a dit pourquoi je voulais te voir ?

— Ouais. Écoute, je suis désolé pour Frank. Sincèrement. Je ne l’ai pas connu personnellement, mais on m’en a dit beaucoup de bien.

— Tu es toujours maqué avec la mafia d’Odessa ?

Un sourire éclaira le visage de George.

— Ça te dérange si je te scanne vite fait ?

Pike écarta les mains, histoire de dire : « Scanne-moi autant que tu voudras. »

George sortit d’un tiroir du bureau un scanner radio semblable au sien et le promena devant Pike, de ses lunettes noires à la pointe de ses chaussures. Pike ne broncha pas. Il aurait été surpris que George ne prenne aucune précaution. Satisfait, celui-ci rangea l’appareil.

— Les vieilles habitudes.

— Pas de souci.

— Une tasse de thé te dirait ? J’ai du thé noir. De Géorgie. Pas votre Géorgie – la nôtre.

Pike ne voulait pas de thé. Il n’était pas là pour bavarder.

— Ça va aller. Tu roules encore pour le milieu russe, George ?

George pinça les lèvres, contrarié. Le plus grand tueur que Pike ait jamais connu était susceptible.

— Ukrainien. Et je ne leur appartiens pas. Je ne suis pas membre, mon vieux. Je fais office de conseiller indépendant. Je suis mon propre maître.

George avait l’air d’y tenir, et Pike hocha la tête.

— Je comprends.

— Ceci dit, si tu es venu me parler de ça, je ne vais pas pouvoir t’aider.

— Odessa ne m’intéresse pas. J’ai besoin d’infos sur les Serbes.

— C’est ce que m’a dit Jon. Un peuple dur. Très dur. Je les ai combattus en Tchétchénie.

— Pas là-bas. Ici. Tu peux me parler des gangs serbes installés ici, à Los Angeles ?

George acquiesça mais son regard se perdit soudain dans le vague, comme s’il venait d’apercevoir quelque chose à un kilomètre de distance.

— Ça ne devrait pas être un problème. Ils font leurs trucs, pas les mêmes que ceux d’Odessa. C’est comme les Arméniens. Pareil et différent à la fois.

— Michael Darko, tu connais ?

George se renversa sur son siège. Son langage corporel indiquait à Pike que parler de Darko le mettait mal à l’aise.

— C’est lui qui a tué ton ami Frank Meyer ?

— On dirait.

George grogna.

— Je sais qui c’est. Un dur.

— Dur ? Ça veut dire quoi ?

— Tu connais le mot pakhan ?

— Non.

— Un patron. Pas encore tout en haut de l’échelle, mais bien parti pour. Ces gens-là n’attendent pas qu’on leur offre une promotion, ils vont la chercher avec les dents. On dirait des cannibales qui s’entre-dévorent.

Pike lut du mépris dans ses yeux clairs et comprit que George se sentait supérieur aux truands qui l’employaient. Peut-être était-ce la raison pour laquelle il tenait tellement à lui faire comprendre qu’il opérait en indépendant et ne faisait pas partie de la mafia d’Odessa. Les autres avaient beau être eux aussi des tueurs, George venait des spetsnaz et les considérait comme des animaux.

— Quelle est sa spécialité ?

— Il touche un peu à tout, comme la plupart de ces mecs. Les filles et le sexe, le braquage de camions, l’extorsion. Il est agressif et il cherche à s’étendre. Il a la gâchette facile.

George mima un pistolet de sa main droite et actionna la détente.

— Tu sais où je peux le trouver ?

— Non.

— Une adresse commerciale ? Il doit bien avoir une vitrine légale. Au moins pour le fisc.

— Sûrement, mais pour moi, cet homme se limite à un nom. Comme je te le disais, on n’est pas du même cercle. Je ne suis qu’un vendeur de lampes.

Un vendeur de lampes capable de vous coller une balle dans le cervelet à plus de mille mètres.

— Il a aussi un surnom, précisa George. Le Requin. Tu savais ça ?

— Non.

— Tu parles d’un truc. Le Requin… Il a dû se le trouver lui-même.

George avait dessiné des guillemets avec ses doigts en disant « le Requin ». Levant les yeux au ciel, il ajouta :

— C’est lié au fait qu’il se déplace constamment, pour que personne ne puisse le retrouver. Ce n’est pas quelqu’un de très apprécié, même dans le milieu serbe.

Pike grogna. Il comprenait maintenant pourquoi Rina ne parvenait pas à le localiser. Jusqu’ici, sa description de Darko correspondait à celle de George.

— Il fait appel à une bande de braqueurs pour liquider la concurrence, dit Pike. C’est cette bande qui a attaqué la maison de Frank. Je veux les retrouver, et lui aussi.

George s’esclaffa bruyamment, un rire monté du fond de ses entrailles.

— Tu as tout faux sur ce coup-là, mon vieux. Darko ne liquide pas la concurrence. Il dépouille ses associés. Pourquoi crois-tu que ce connard soit obligé de rester en mouvement ?

— Tu es au courant ?

— Disons que je le tiens à l’œil. Si ça l’amuse de plumer ses complices, bon débarras. En revanche, s’il lâche ses fauves sur les gars d’Odessa, ils auront affaire à moi.

Pike se demanda si Darko attaquait ses associés parce qu’il avait prévu de retourner en Europe : amasser du fric rapidement, récupérer son fils et disparaître.

— Et ses braqueurs ? Tu les tiens à l’œil, eux aussi ?

George haussa les épaules comme si cela n’avait aucune importance.

— Des voyous de Compton.

— Jamal Johnson ?

— Jamais entendu parler.

— Un délinquant de Compton dont le train de vie vient de grimper en flèche.

— Il fait partie des Crips ?

— Aucune idée.

— La bande de braqueurs de Darko est dirigée par un D-Block Crip, un certain Earvin « Moon » Williams. Encore un surnom à la con. Darko leur fournit les cibles. Williams lui reverse une part du butin.

Pike ressentit une pointe d’excitation : il était sûr d’avoir fait un pas en avant.

— Moon Williams. Tu es sûr ?

George se mit une main en cornet derrière l’oreille.

— Le KGB entend tout. Et M. Moon aussi s’est fait pas mal de fric ces temps-ci. Il le claque dans un club appartenant à la mafia d’Odessa. Champagne Cristal, crack de première qualité et beautés russes. Il adore les filles russes. Il adore leur raconter ses exploits de grand méchant tueur black.

George éclata à nouveau de rire, une joie visible au fond des yeux. Pour lui, les gens comme Moon Wiliams existaient pour qu’il y ait toujours des cibles.

— Le KGB sait peut-être où je peux le trouver ? demanda Pike.

Après l’avoir dévisagé quelques secondes, George souleva le combiné de son téléphone fixe et composa un numéro. George parla en russe à la personne qui lui répondit ; leur conversation dura quelques minutes.

George resta un moment silencieux vers la fin de cette conversation, comme si on l’avait mis en attente. Durant ce silence, ses yeux clairs et vides restèrent fixés sur Pike, sans ciller une seule fois. George revint soudain à la vie, murmura un mot en russe, et raccrocha. Quand il regarda à nouveau Pike, sa mine était sombre.

— Jon m’a dit que Frank et toi étiez proches.

— Oui.

— Donc, tu aurais deux mots à dire à M. Darko.

— S’il est impliqué dans la mort de Frank, oui. Ça pose un problème ?

— Du moment que tu te limites aux Serbes, tu peux y aller, vieux frère.

— Plusieurs armes ont tiré ce soir-là.

— Je comprends. Mais les Ukrainiens n’apprécieront pas de perdre M. Williams. Ces filles le travaillent au corps : ce mec est une source d’informations incroyable.

— Je ne te demande pas la permission, George.

George baissa les yeux sur le téléphone en souriant.

— Ça vaut sûrement mieux.

George lui dit où trouver Moon Williams puis se leva pour signifier que l’entretien était terminé.

Après une nouvelle poignée de main, Pike embrassa la boutique du regard. Les lampes étaient anciennes et ouvragées ; toutes avaient été restaurées avec amour.

— Pourquoi des lampes ?

George esquissa un sourire doux, cette fois teinté d’une pointe de chaleur et de tristesse, où Pike crut déceler l’ombre d’un gouffre.

— Oh, Joseph. Il y a tellement de ténèbres en ce bas monde… Pourquoi ne pas lui apporter un peu de lumière ?

Pike acquiesça.

— Udachi, mon ami. Bonne chance.

Pike se retourna sur le seuil, mais George était dissimulé par ses lampes, cerné de si nombreuses ombres que la lumière n’avait aucune chance de l’atteindre.

Règle N°1
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